Séquence émotion

Ou : Comment faire pleurer un grand barbu en quelques minutes avec une belle histoire ?

J’ai été interviewée ce matin à la radio de São Francisco do Sul, par Sared Buéri.
A la traduction, Danielle Montemor Picheth.

Première expérience de radio, inoubliable !

 

Teasing : préparez-vous à écouter l’émission « Bonjour Joinville ! » le week-end prochain, samedi 28 et dimanche 29, à 9 heures, heure locale (14h à Paris).
Sur https://www.udesc.br/radio (puis lien Ouça online, et choisir la ligne « Joinville »)

Photos de famille

J’ai rencontré des Indiens.

Daia m’a emmenée dans 3 communautés, avec Dani (ma précieuse interprète, secrétaire exécutive, attachée de presse et adorable complice), et Carlos Eduardo Dos Reis (professeur à Florianopolis, grand photographe).

« Etant les Indiens gens simples, ne demandant qu’à mener joyeuse vie sans grand travail ; vivant de chasse et de pêche, et de ce que leur terre donne de soi, et d’aucunes légumages et racines qu’ils plantent »

Arosca, le père d’Essomericq : « Homme de grave maintien, moyenne stature, grosset et regard bontif »

Ces descriptions de Gonneville ne sont pas loin des Guarani d’aujourd’hui encore. Des gens simples, pas grands, musclés, et au regard bienveillant (à mon égard en tous cas).

Si ce n’est qu’il y a cinq siècles les colons sont passés par là.

Leur vie n’est globalement plus si joyeuse, et la survie est difficile, surtout lorsque le territoire est petit, et qu’ils vivent complètement à la marge dans leur propre pays. Si le regard est bienveillant, voire pétillant, il dégage aussi souvent une grande tristesse.

Les Indiens ont été rendus invisibles jusqu’à très récemment encore (2005 d’après l’un des caciques rencontrés aujourd’hui).

Leyla Perrone Moisès m’avait dit que jusqu’à ce qu’elle en rencontre, à 18 ans, elle ne se doutait pas qu’il y avait des Indiens au Brésil. Elle pensait que les Indiens vivaient uniquement en Amérique du Nord.

Espérons que le prochain gouvernement brésilien n’empirera pas la situation (euphémisme).

En attendant que je trouve le temps de vous expliquer les échanges que nous avons pu avoir, notamment au sujet d’Essomericq, je vous laisse admirer quelques clichés ci-dessous, de Carlos Eduardo Dos Reis, qui feront l’objet d’une exposition dans la ville, oeuvrant ainsi à la visibilité de ces communautés.

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Sambaqui

La région est riche de sites archéologiques Sambaqui. Un musée à Joinville expose des objets et des ossements retrouvés dans ces grands tumulus de coquillages.

J’ai demandé s’il y avait un lien avec la samba, mais apparemment non … L’origine du mot serait plutôt « tas de coquillages » en langue tupi.

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Sambaqui au clair de lune (Sao Francisco do Sul)

Les Sambaquianos vivaient ici il y a environ 5000 ans.

Dans la production de ces ancêtres d’Essomericq on devine sur les céramiques des motifs Guarani.

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J’ai particulièrement été touchée par les pierres sculptées en animaux (zoolithes).

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J’avais l’impression d’avoir déjà vu les cousins de certains de ces objets ailleurs dans le monde. Mortiers ou pointes de flèche du Sahara, paniers d’Afrique du Nord, motifs océaniens…

Quel accueil !

Si Essomericq avait pu revenir en personne dans sa baie de Babitonga, il n’aurait pas été mieux accueilli que je ne l’ai été ce samedi.

C’est comme si je représentais le fils prodigue.

Un comité d’accueil m’attendait dès l’aéroport de Joinville : Alessandra, professeur à Joinville, Daia, le secrétaire de l’éducation de Sao Francisco (secrétaire ça veut dire chef), et Joaquin, son fils de 10 ans, aussi mignon que le mien.

J’avais l’impression qu’Alessandra et Daia se connaissaient depuis toujours, mais non, c’est mon arrivée qui les a fait se rencontrer, par la magie des connexions. Ce qui est sûr, c’est que ces deux-là rivalisent de générosité et de gentillesse.

Daia avait lu sur ce blog que j’avais senti des parfums français à ma sortie de l’avion à São Paulo. il a réparé largement cet affront du Brésil à la France avec un bouquet de fleurs locales, un panier garni d’échantillons de plantes odorantes de son jardin, des fruits savoureux, dont un cambuca qui avait muri plus tôt que ses congénères.

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Alessandra m’a apporté le précieux livre de 2004 « São Francisco do Sul, Bien au delà du voyage de Gonneville », introuvable en librairie, et m’a invitée à dormir chez elle à Joinville pour cette première nuit.

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Pour arriver à Sao Francisco, qui est une île, il y a une grande route rapide (sauf aux heures de retour des plages, où ce n’est qu’un embouteillage).

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J’ai eu la chance d’arriver par l’autre route, celle qui fait prendre deux bacs pour traverser la baie… Un peu de vent, du soleil, des oiseaux, des îlots déserts, d’autres avec des jolies maisons à louer. Les collines de l’Île de Sao Francisco au loin…

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Au XVIème siècle bien sûr il n’y avait pas ces constructions, ni exactement la même végétation, mais cet endroit a été préservé, avec ses deux écosystèmes, mangrove et mata atlantica, et il me plaît de penser que Gonneville et ses hommes ont été aussi émerveillés que moi.

A l’arrivée à São Francisco do Sul, je suis attendue (au café) par les membres de la Fondation Culturelle, dirigée par Andrea, qui connait parfaitement toute la ville, et ses habitants.
Dani, au Français impeccable, me sert de traductrice. 24 heures plus tard, j’ai l’impression de la connaitre depuis toujours.

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Ce premier jour, on me montre le tour global de la ville, en passant notamment par cette Petite place des amis, où habite Jamille, responsable du tourisme. C’est un petit lieu de convivialité créé par le voisinage. Chaque famille a son drapeau. L’un des voisins explique avec humour que c’est la République Anarchiste du Petit Honfleur.

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Nous partageons avec ces représentants de la ville la volonté de mieux faire connaitre l’histoire de Gonneville et d’Essomericq. La ville y a bien sûr un intérêt historique, culturel, et touristique. Mais l’implication personnelle de chacun pour m’accompagner dans ce projet et me faire me sentir au mieux va bien au-delà du rôle de représentation.

Merci les amis !

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PSG à Babitonga. 

Le Petit Prince Carijó

A São Paulo, j’ai rencontré Odeta, une Lituanienne expatriée ici avec son mari Suisse. (ceux qui connaissent Goda comprendront comment j’ai fait sa connaissance).

Odeta est charmante. Aujourd’hui, elle m’a fait découvrir un restaurant délicieux, au sous-sol d’un magasin de matériel de peinture. Elle m’a fait visiter le quartier de Vila Madalena et ses superbes fresques murales. Elle m’a initiée au « Café Lab », qui m’a permis de découvrir que, conformément à mon intuition refoulée, le café ça va très bien avec le fromage. Elle m’a emmenée à l’Institut Tomie Ohtake.

Et mercredi, Odeta et son mari m’ont invitée à dîner chez eux. Vous vous doutez bien que j’ai parlé d’Essomericq. Le repas était délicieux. Ils vivent dans une belle maison en banlieue, avec des singes et des opossums qui se promènent dans le jardin.

Odeta m’a montré sa collection de livres du Petit Prince : plusieurs dizaines d’exemplaires dans plein de langues différentes, et notamment un magnifique exemplaire en braille avec les dessins gravés. (On peut vraiment sentir le boa qui a mangé l’éléphant. )

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Ce n’est que sur le trajet du retour que j’ai compris la jolie coïncidence.
L’étymologie du nom « Essomericq » est un peu mystérieuse, mais on dit que ça viendrait de « Iça Mirim », c’est à dire le « petit chef »… un Petit Prince Carijó ?

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Merci Odeta !

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Le renard du Petit Prince ? 

Demain, je m’envole pour Joinville et São Francisco do Sul, où d’autres bonnes fées m’attendent.

Exercices pratiques sur l’arbre généalogique.

D’après le document familial, dont voici des extraits, Essomericq est un ancêtre 14 générations au dessus de moi.

Généalogie
Filiation à partir d’Arosca, « roi des terres australes »
Arbre fin
Christian, c’est mon grand-père ! Et sa femme Christiane (Kita) a bientôt 100 ans, mais c’est une autre histoire 🙂

Faisons ensemble quelques problèmes de maths.  (Coucou les collégiens !)

Problème 1 : Combien d’ancêtres avons nous à la 14ème génération ?

J’ai 2 parents (1er niveau), qui ont chacun 2 parents (2×2 au 2ème niveau) … etc.

Soit, si on remonte au 14ème niveau de l’arbre : 

2 puissance 14

On a le droit à la calculette …

Et on obtient 16384 ancêtres sur la ligne de la 14ème génération.

Problème 2 : Combien de personnes ça fait au dessus de moi dans l’arbre, ces 14 générations ?

Il faut calculer 2+4+8+16 + …. + 16384 = ?

Alors à ce stade, soit on pose une longue addition, soit on trouve une formule magique… 

Je vous aide.    (2 puissance 15) – 1 – moi. 

Soit (2×16384) – 2.

C’est à dire 32766 personnes « au dessus de moi » dans l’arbre qui remonte jusqu’à Essomericq et tous les autres ancêtres de la 14ème génération.

Autant de personnes qui m’ont transmis leurs gènes et leurs histoires.

Le sang d’Essomericq qui coule dans mes veines est pas mal dilué ! La singularité de son destin fait néanmoins qu’il a sans doutes plus d’influence que d’autres sur ma propre histoire.

Arbre
Parc Ibirapuera, Sao Paulo

Problèmes suivants : 

Combien Essomericq a-t-il eu de descendants ? Combien de descendants d’Essomericq sont-ils encore en vie ? 

Là, ça se corse sérieusement.

On pourrait faire des estimations, au vu des éléments qu’on connaît, et de ceux qu’on peut estimer (chaque individu a un nombre d’enfants compris entre 0 et, disons, 15…), et de calculer des fourchettes.
Ce serait peut-être mieux d’utiliser une moyenne d’enfants par personne en fonction de la période, ces données doivent bien exister …

Bref, je ne compte pas me lancer dans ce calcul maintenant, il y a plus intéressant à faire à São Paulo !

Mais je me rends compte que beaucoup de ses descendants l’ignorent, à l’instar de mes cousines G.

D’autres peut-être auraient honte descendre d’un « sauvage » ? Lequel a pourtant bien reçu le sacrement du baptême – certes avec un homme faisant office de marraine, est ce que « ça marche » quand même ? (Mais je m’égare !)

Leyla Perrone-Moisès, que j’ai eu la chance de rencontrer, m’a raconté (entre plein d’autres choses passionnantes ! ) qu’à la fin des années 80, une de ses étudiantes, Pauline, avait téléphoné à tous les Paulmier, Gonneville etc… qu’elle trouvait dans le Minitel pour savoir s’ils étaient des descendants de Binot (nom de baptême d’Essomericq), mais sans succès. Elle avait même plutôt des « réponses outrées ».

En plus des historiens, les réseaux sociaux et les généalogies en ligne vont peut-être nous aider à retrouver quelques cousins.

Si vous descendez d’Essomericq, que vous êtes sur ce blog, et qu’on ne se connait pas encore, contactez-moi !

 

Brésil – Premières sensations

Vol AF0456.  Je suis impatiente de sortir de l’avion, me préparant à accueillir le souffle tropical, moite et lourdement parfumé. J’ai encore la mémoire des chaudes odeurs d’aéroports lointains, cocktail de terre, de végétaux encore inconnus, et de kérosène.

Inspirée par André Thévet, qui a voyagé au Brésil cinquante ans après Gonneville :

« Commençâmes à sentir l’air de la terre, tout autre que celui de la marine, avec une odeur tant suave des arbres, fleurs, et fruits du pays, que jamais baume, fût-ce celui d’Egypte, ne sembla plus plaisant, ni de meilleure odeur. »

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Je débarque enfin. Il ne faut pas descendre sur le tarmac, mais s’engager dans la passerelle, et suivre un interminable couloir bien frais. Une odeur d’avion encore, une arrière odeur de détergent qui tente de prendre le dessus, et qui masque parfaitement la présence d’une succession de toilettes qui attendent les voyageurs hagards.

Les parfums qui assaillent ensuite mes narines avides sont Lancôme, Paco Rabanne et Calvin Klein, brandis par des vendeuses bruyantes et éblouissantes. Il faut trouver son chemin dans un immense Duty Free Shop labyrinthique, passage obligé dans le process d’arrivée.

Le temps des formalités, la nuit est tombée d’un coup.

A l’arrière de mon Uber, je ne devine pas grand chose de la ville. Les phares des voitures, les lumières de la banlieue, quelques enseignes internationales.

Nous n’avons aucune langue en commun avec Alam Cesar, le chauffeur aux 4,87 étoiles et plus de 1764 trajets en 5 mois. Je laisse la sonnerie des messages Wathsapp rompre le silence.

La Pousada Zilah est conforme à mes attentes. Une vieille maison (1932) bien située, tenue par une charmante dame anglophone. Un grand lit bien ferme.
Je suis étonnée par le bruit, la circulation d’abord, puis les avions qui survolent la ville, et aussi les hélicoptères, spécialité locale.
Mais pendant la nuit, tous ces moteurs dorment, et ce sont les oiseaux qui s’en donnent à coeur joie.

 

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Au petit matin, les oiseaux chantent et la vue m’enchante.

Sur la terrasse ombragée, le petit déjeuner de Lucia est délicieux. Mangue fraîche et confiture d’orange maison : je me sens presque chez moi au Brésil.