Un article dans Folha de S.Paulo !

Avant de partir au Brésil, en septembre,  je n’imaginais pas l’intérêt que mon voyage pourrait susciter. Je n’imaginais pas que je serais invitée à témoigner dans des radios locales. Et encore moins que la presse nationale pourrait s’y intéresser …

L’article suivant, écrit pas Lucas Neves, est publié dans un journal national brésilien, et je suis très reconnaissante de cette publicité faite à mon voyage.

https://www1.folha.uol.com.br/ilustrada/2018/10/descendente-de-indio-alcado-a-nobreza-na-franca-refaz-passos-do-parente.shtml

En ouvrant ce blog, je pensais à ma famille et à mes amis proches, qui pourraient suivre mes pérégrinations. J’avais bien prévu la fonctionnalité de traduction dans le blog, mais c’était pour les quelques personnes que j’aurais rencontrées lors de mon voyage.

Alors pourquoi autant d’intérêt ? Pourquoi tant de gratitude de la part des Brésiliens rencontrés à Santa Catarina, alors que j’allais simplement leur rendre visite ?

Certes, je trouve moi-même que le destin d’Essomericq est extraordinaire et que ses aventures avec le marin Normand méritent d’être transmises au plus grand nombre. Mais je me dis aussi que cette histoire de racines indiennes résonne tout particulièrement, la veille du jour où le Brésil risque d’élire un homme qui dit sans complexes : « Si je devais assumer la présidence, l’Indien n’aura plus un centimètre de terre ». 

Un homme dangereux pour les Indiens, donc, mais aussi pour les femmes, pour les gays, pour les Noirs, et pour tous ceux qui ne pensent pas comme lui… Un homme dangereux pour la préservation des richesses du Brésil et de l’humanité.

 

Photo by YIFEI CHEN on Unsplash
Racines entremêlées

Saudade

Bien rentrée à Paris, et heureuse de retrouver ma famille.

Je pense avec nostalgie déjà au Brésil, plein d’énergies et de contrastes. Mon voyage a été formidable, particulièrement grâce à vous, Brésiliens de nationalité ou de coeur :

A São Paulo, Leyla, Odeta et Martin, Yves,

A Joinville, Alessandra, Nadja et « le mari de Nadja », Vilas, Rosemari, Fernando,

A São Francisco do Sul, Daia, Joaquin et le reste de la famille, Dani et ses parents, Andrea et ses amis et prof rencontrés aux cafés, Jamille, ses parents, les voisins de la petite place des amis, Sared, Carlos, les Indiens Adriano, Roberto, Ronaldo, Armandinha, et leurs familles, le pêcheur et les élus de Barrio do Sul,

A Florianópolis, Miriam qui m’a fait découvrir son île magnifique, sa tante, et Jean-Victor (et ses histoires de narcotrafic).

Merci à tous, ainsi, qu’à toutes les bonnes personnes qui m’ont logée, celles qui m’ont nourrie délicieusement, et celles qui m’ont conduite en toute sécurité (particulièrement Nei, qui évite un vélo qui double un camion sur l’autoroute), et toutes celles qui m’ont accueillie avec les bras et le coeur grand ouverts, et se sont intéressées à mon histoire.

Merci aux aux enseignants de Sao Francisco, qui transmettront l’histoire de leur île, et aux enfants des écoles qui j’espère n’oublieront pas l’histoire d’Essomericq mon arrière arrière etc… grand père, et qui n’oublieront pas non plus l’intérêt de parler une langue étrangère et d’être curieux sur le monde.

Denier petit mot sur le Brésil – pour tous ceux qui votent demain :

#EleNão

Merci aussi à vous tous qui m’avez suivie ici, et envoyé des commentaires et messages chaleureux et encourageants.

Ce blog ne s’arrête pas,  mais il sera alimenté moins régulièrement. Pour ne pas rater les prochains articles, vous pouvez vous abonner en laissant votre adresse mail derrière le bouton bleu (il faut ensuite confirmer l’abonnement via un lien reçu dans votre boîte mail)

Mon voyage va maintenant continuer autrement.

Essomericq a passé l’essentiel de sa vie en Normandie et je dois maintenant aller chercher des traces dans cette belle région.
Après le Brésil, les épreuves de la traversée de l’océan, … maintenant la Normandie : est-ce homérique ?

(Didier, tu l’as ?)
(pour ceux qui utilisent la traduction en ligne, il y a un super jeu de mot)

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Baie de Babitonga, vue du belvédère de Joinville
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Forêt 1
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Forêt 2
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Forêt 3 (et port de Sao Francisco)

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Chez Binot
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Poisson, manioc
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Poésie en libre service
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Printemps
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São Paulo (extrait)
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Florianopolis
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Elles sont belles, mes Havaianas !

A bientôt !

São Francisco do Sul et sa mémoire

A São Francisco do Sul, plusieurs monuments, oeuvres ou éléments du patrimoine célèbrent le voyage de Gonneville, le départ d’Essomericq, et le lien entre Honfleur et São Francisco do Sul.

J’ai déjà évoqué l’oeuvre de Juarez Machado pour commémorer le 500ème anniversaire de l’arrivée de Gonneville, ainsi que la Petite Place des Amis, si conviviale, où j’ai été invitée un soir à déguster un délicieux poisson.

Visitons ensemble la petite ville.

A l’entrée du musée historique, un panneau présente rapidement l’histoire qui m’intéresse.
Notez que, dans ce texte, Binot/Iça-Mirim se marie avec la fille de Binot/Gonneville, qui s’appellerait Suzanne – version qu’on retrouve ailleurs. Or, dans le papier familial donnant la filiation d’Arosca jusqu’à mon grand-père, l’épouse d’Essomericq s’appelle Marie Moulin et est la nièce du capitaine. Certains textes parlent eux de 2 épouses successives.  Où est la vérité ?

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Au Musée national de la Mer, c’est une maquette du navire, l’Espoir, que l’on peut admirer, au tout début d’un circuit très vivant montrant de nombreux bateaux de la région.

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Au parc écologique, à l’issue d’une jolie petite promenade en spirale autour de la colline, dans la forêt,  le visiteur est interpellé par une statue.

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C’est bien notre Iça Mirim, tenant contre lui un rapace, un singe et un petit dauphin, animaux que j’ai eu la chance de voir aussi dans la région.

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Ci-dessous le texte proposé au visiteur, signé par l’ancien maire de la ville (c’est aussi une version « Suzanne » ; notez également le « Palmier »).

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Malheureusement, il n’est pas précisé qui est l’artiste qui a fait cette statue, que j’ai trouvée très réussie dans l’expression de saudade du personnage.
Habitants de la ville qui me suivez, si quelqu’un à plus d’informations sur cette statue, obrigada !

Les jours de vent, le drapeau de Honfleur flotte juste à côté de celui du Brésil.

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Avant de quitter les lieux les Normands avaient planté une croix sur une haute colline. Elle est toujours là … même si ce n’est pas La Croix originelle, mais une réplique installée en 1947 pour le centenaire de la ville. Je n’ai pas pu y accéder, mais on la voit bien de la ville. Je ne sais pas si l’inscription de Gonneville a été reprise.

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Artère commerçante, au loin la croix sur le pain de sucre
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Voie ferrée, utilisée pour le port uniquement, surplombée par la croix

La carte de la ville montre que deux rues ont été baptisées respectivement Rua Binot Palmier (sic) de Gonneville, très longue, dans les faubourgs, et Rua Iça-Mirim, plus courte.
Echo lointain des rues Arosca et Essomericq de Honfleur !

Mais outre le patrimoine insitutionnel, le secteur privé utilise également les noms de nos illustres personnages.

Ainsi, tous les jours, voire plusieurs fois par jour, j’ai bu le café et savouré des délicieux pão de queijo chez Binot. Même si, suite à agrandissement, le nom officiel de la boulangerie-café est Panificadora Sao Francisco, tout le monde continue à se donner rendez-vous « chez Binot ».

Près d’une plage, j’ai également vu cette pancarte. Lors de mon prochain séjour, j’irai goûter leurs pâtisseries !IMG_2889

Pour finir cette visite thématique, il m’a plus de croire que cette tapisserie, sur le mur devant la chambre de la Pousada Baia do Sul où je résidais, et réalisée probablement par la propriétaire des lieux, représentait l’Espoir.

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Gonneville, modèle d’entrepreneur

Le capitaine Binot Paulmier de Gonneville est encore méconnu.  

Et pourtant, il devrait être cité en exemple dans les cours d’entrepreneuriat et de gestion des talents des meilleures écoles de management et des universités d’entreprise.


Préambule :

Dans la suite de l’article, quelques #hashtag servent à guider le lecteur pressé (issu de LinkedIn) vers les mots clés essentiels.

Toutes les citations sont extraites de La Relation Authentique, Déclaration du voyage du Capitaine Gonneville et ses compagnons ès Indes. (Le Voyage de Gonneville 1503-1505 et la découverte de la Normandie par les Indiens du Brésil, Editions Chandeigne.)


Gonneville
GONNEVILLE (Honfleur, Jardin des personnalités. Statue de C. Champagne – 2003)

 

Binot Paulmier de Gonneville, donc, ce commerçant de Honfleur, qui est arrivé dans le Sud du Brésil en 1504, et en a ramené le jeune Indien Essomericq coche toutes les cases des #soft skills du #leader talentueux d’aujourd’hui.

Pour lire le #pitch de son projet, c’est ici.

L’environnement 

Le monde dans lequel Gonneville évolue est complètement #VUCA  (Volatile, Uncertain, Complexe, Ambigu).
Lorsqu’il part de Honfleur en 1503, que de #changements en perspective ! C’est le début de la découverte de l’Amérique, la concurrence est rude entre les pays européens, les Portugais ont ouvert le nouveau marché « des Indes Orientales », et des #challenges imprévisibles vont inévitablement se présenter (météo, pirates, maladie …).

Leader innovant, pionnier inspirant

Dans ce contexte, Gonneville a une #vision, des #objectifs commerciaux définis, et il donne le cap vers les nouveaux #horizons.

C’est un #décideur, prêt à prendre des #risques en se rendant « hors Chrétienneté ». Même lorsque les conséquences de court terme de ses décisions sont douloureuses. Quand il faut saborder le bateau pour sauver ce qu’il reste de l’équipage, il le fait.  Mais c’est aussi un #makerqui #contribue activement aux activités de l’équipe.

Il se montre particulièrement #agile et on le voit s’#adapter à de nombreuses situations nouvelles, en innovant sans cesse, et en #sortant de sa zone de confort. Il sait adapter l’itinéraire, gagner la #confiance des Indiens…
Il n’hésite pas à se lancer carrément dans la #disruption, en baptisant Indien, que d’aucuns considèrent comme un sauvage, et #casse les codes en désignant deux parrains, faut de marraine disponible. (Résultat, le jeune homme qui était gravement malade « fut mieux, se guérit »).

On peut donc affirmer que dans la période de #transformation radicale de ce début du XVIème siècle, Gonneville est un #pionnier, qui défriche des #nouveaux territoires.
Un pionnier #inspirant, de nombreux navigateurs étant partis à la recherche des Terres Autrales à sa suite. J’ai moi-même traversé l’océan 5 siècles plus tard dans son sillage (mais en avion).

En #innovateur #disruptif avisé, il sait faire jouer la #sérendipité : en cherchant la voie des Indes Orientales, il a découvert autre chose.

Le manager recruteur

Un bon capitaine, aussi #talentueux soit-il, ne réussit pas sans son #équipage.

Et c’est peut-être dans la partie #attraction des talents que Gonneville a su le plus se démarquer.

Il raisonne #global, il raisonne #Monde. #Veille concurrentielle et #benchmark l’ont conduit à aller recruter à Lisbonne deux portugais qui avaient déjà expérimenté les Indes Orientales.

Insistons sur cette compétence très importante, et pourtant souvent négligée : la capacité à bien #recruter.
Gonneville n’a pas peur d’#investir dans les meilleurs #talents, même s’ils sont particulièrement #atypiques sur un bateau Normand. Il connait le #marché, il #prend des références, il va chercher les #candidats rares à la #source, et sait que pour #finaliser l’embauche des meilleurs talents, il doit les payer « à gros gage ».

Le manager recruteur #performant évite le #clonage. La #diversité des profils recrutés en terme d’#origine sociale ou d’#âge (du jeune page au vieux loup de mer) montre un vrai recrutement sur les #compétences. Il y a même des profils originaux sur le bateau, comme Nicolas Le Febvre,  « curieux et personnage de savoir », probablement peu utile dans la navigation, mais qui observe toutes les nouveautés, dessine fort bien (la #facilitation graphique existait déjà !), et enrichit l’équipage de son regard différent. Il apporte sans doutes aussi un peu de détente grâce à ses diversions. Ne serait-il pas l’ancêtre du #CHO (Chief Happiness Officer) des entreprises d’aujourd’hui ?

Le #bien-être au travail des âmes des marins est en tous cas bien considéré dès le départ du navire : tous « reçurent avant partir leurs sacrements ».

Seul petit bémol peut-être au recrutement de Gonneville : bien qu’il soit très #inclusif, il ne respecte pas le cahier des charges du #label égalité professionnelle entre les hommes et les femmes (#AFNOR). On remarque en effet qu’il n’y a pas de #femme au Codir, ni dans l’encadrement, ni même parmi les collaborateurs. C’est sans doutes là son #axe d’amélioration principal.

Le co-

L’importance du groupe, de l’équipe, osons le dire, de la #co-construction, voire même du #co-building est valorisée dès le début de la Relation : « Gonneville et honorables hommes Jean l’Anglais et Pierre le Carpentier, […] firent complot ensemble d’y envoyer une navire ». «  Et parce que ces trois devant-dits n’avaient basantes facultés pour seuls mener à chef si haute entreprise, s’adjoignirent avec honorables hommes …. »

Dans le texte, les #experts clés sont consultés, et les réussites sont bien #collaboratives et non pas attribuées au seul chef, comme cela pourrait arriver parfois avec les managers incompétents. Les défunts, aussi, sont respectés, en étant nommés un à un, au fur et à mesure de l’aventure.

Grande #ouverture d’esprit et #curiosité, #empathie #bienveillante sont bien évidemment des #soft skills que Gonneville #incarne en se liant d’amitié avec Arosca, le cacique Indien. On voit encore une fois que la confiance accordée dans la #transparence ne génère que du #gagnant-gagnant, à tel point que l’Indien confie Essomericq, son plus jeune fils, à Gonneville, lui faisant promettre de la ramener au bout de vingt lunes.

Le gestionnaire pragmatique

En bon #gestionnaire, Gonneville a établi avant de partir un #inventaire chiffré précis des équipements et marchandises de l’expédition. Il a tout prévu, armement, vivres pour deux ans, marchandises variées à échanger dans les nouveaux pays rencontrés… Le #business-plan est prêt !

Il met en oeuvre sa capacité à faire du #reporting, avec cette Relation déposée à l’Amirauté de France à Rouen. On note alors la qualité de sa #communication écrite.

Résilience

Vous êtes convaincus du #talent exceptionnel et du #leadership de cet homme ?

Reste à préciser néanmoins que l’expédition de Gonneville a été un fiasco. Les deux-tiers des marins embarqués ont péri, le bateau a coulé, les corsaires ont pillé toutes les marchandises rapportés, et les dessins et journaux témoignant du voyage ont été perdus dans la bataille…  Echec !

Mais l’entreprise moderne d’aujourd’hui, justement, valorise l’#échec encore plus peut-être même que le succès facile, à en croire les nombreux articles sur le sujet.

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De cette catastrophe est née finalement une extraordinaire aventure humaine. Gonneville, de fait, n’a pas pu tenir sa promesse de ramener Essomericq au Brésil. Alors, de parrain il est devenu #mentor, mieux, père adoptif. Il a fait du jeune homme plein de #potentiel son héritier, il #développe ses talents, et lui a fait épouser sa nièce. Le couple a eu de nombreux enfants. Essomericq a vécu jusqu’à 95 ans en Normandie.

#fin

Pour en savoir plus sur mon voyage sur les traces d’Essomericq, lisez les autres articles de ce blog !

Polémiques sur Essomericq. To be Orne or not to be ?

Mythe ou réalité ? L’histoire de Gonneville et d’Essomericq a fait polémique.

En Normandie, d’abord.
Jacques Lévêque de Pontarhouart a longtemps crié au complot. D’après lui, le texte de Gonneville serait un fake du chanoine de Lisieux qui aurait tout inventé pour récupérer des missions dans les Terres Australes où serait allé Gonneville. Des historiens très sérieux ont contre-argumenté, comme le Professeur Jean-Pierre Chaline ou le Professeur Michel Mollat du Jourdain. Mais le ver était dans le fruit.

A vrai dire, cette controverse n’est pas ma préoccupation principale. D’une part, je suis par nature plus tentée de croire les spécialistes que les amateurs.
D’autre part, quand on me demande ici si l’histoire est vraie, je réponds qu’elle m’a été transmise, qu’elle m’a transportée, et même jusqu’au Brésil, et qu’en cela c’est une vraie histoire !

J’en suis encore plus convaincue, suite à ma rencontre avec Adriano, le chef spirituel des Indiens de Morro Alto. Il m’a parlé aussi de cette histoire, et je sens qu’elle est encore vivante pour lui et pour sa communauté. Il insiste beaucoup sur l’importance de cette communauté, la force du du groupe, du partage de connaissances entre les membres.
Pour Adriano, lorsque Gonneville a enlevé le jeune Iça-Mirim des siens, et n’a pas tenu sa promesse de le ramener au bout de vingt lunes, cela a été le commencement de la séparation de son peuple. On peut dire en effet que la période a marqué le début de sacrés ennuis pour les peuples Indiens.
Pour lui, la connaissance a provoqué la division, mais la sagesse permet la connexion. Espérons que nous saurons être plus sages que nos ancêtres.

Bref, pour moi, pas vraiment de controverse.
Pour ceux que cela intéresse, néanmoins, je vous conseille la lecture de ces deux articles de la Professeure Leyla Perrone-Moisès :

Je serais bien sûre très intéressée que des historiens produisent de nouveaux documents apportant des preuves définitives.

Au Brésil également, bien sûr, on s’interroge.
Est-ce vrai que Gonneville est venu ici ? Ne serait-ce pas une construction destinée à se faire de la publicité ? S’il est venu, était-ce bien ici, d’ailleurs ?

Et la question qui est revenu plusieurs fois lors de mon séjour à São Francisco, que j’appelle la sous-polémique : Gonneville est venu dans l’Ile de São Francisco, certes, mais par quel côté de l’Ile est-il arrivé ?

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En gros, il y a deux côtés possibles pour rentrer dans la baie de Babitonga, le Nord, plus près de la commune actuelle de Sao Francisco do Sul, et le Sud, du côté des communes de Barra do Sul et Araquari.

Revenons au texte de Gonneville qui évoque la découverte. La scène se passe à un moment où l’équipage est complètement perdu et assoiffé, suite à trois semaines de vent contraire, à la mort du pilote du navire, et à « de rudes tourmentes ».

« Disent que la tourmente fut suivie d’aucuns calmes, si qu’avançaient-ils peu. Mais Dieu les réconforta ; car ils commencèrent à voir plusieurs oiseaux venant et retournant du côté du sud, ce qui leur fit penser que de là ils n’étaient éloignés de terre : pour quoi, jaçoit qu’aller là fut tourner le dos à l’Inde orientale, nécessité ci fit tourner les voiles ; et le cinq janvier découvrirent une grande terre, qu’ils ne purent aborder que l’assoirant du lendemain, obstant un vent de terre contraire ; et ancrèrent à bon fond. 
Et dès ledit jour aucuns de l’équipage furent en terre reconnaître; et dès le matin suivant fut envoyée la barge ranger la côte pour trouver port, et revint l’après-midi; et conduisit la navire dans une rivière qu’elle avait trouvée, qui est quasiment comme celle de l’Orne. »

L’Orne …

Dans la sous-polémique on cherche à définir quelle est l’entrée de la baie qui ressemble le plus à l’Orne. De jour, de nuit, sur terre, par mer, j’ai pu voir par moi-même la différence entre les deux paysages (merci pour les promenades !).
Très beaux tous les deux.
Mais zut, je suis déjà allée à Ouistreham il y a longtemps, mais je n’avais guère porté attention à la forme de la rivière.

Regardons les photos satellites. Merci Google.

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Entrée Nord
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Entrée Sud
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Estuaire de l’Orne

Au Nord, c’est un peu trop large, mais la forme, sur les photos, ne me semble pas très éloignée. Au Sud, c’est plus proche de la largeur de l’Orne, mais moins dans la même forme.

Dans tous les cas, les paysages ont changé en 5 siècles ;  les canaux, ponts, constructions, routes … ont modifié les écosystèmes, la sédimentologie fluviale, et le cour des rivières, et là non plus, je ne suis pas  spécialiste.

Au final, je n’en sais rien. Et peu me chaut.

Mais pourquoi l’Orne ?

Ne serait-ce par la rivière la plus proche de Honfleur, que Gonneville connaissait bien ? Lequel signifierait sa joie de retrouver la terre ? Une rivière assez tranquille, dans un paysage verdoyant, avec des plages de sable blanc dans l’estuaire, des jolis forêts et des petites collines autour ?

Une sorte de métaphorne.

 

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 Barrio do Sul

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Juarez Machado

Pour les 500 ans du voyage de Gonneville, São Francisco Do Sul a installé une oeuvre de Juarez Machado sur le quai principal.
Cet artiste est né à Joinville en 1941. J’ai découvert qu’il a maintenant son atelier à quelques minutes à pieds de chez moi, à Paris.

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Vue de la terrasse de la boulangerie-café dite « Binot » !

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L’Institut Juarez Machado, à Joinville permet de s’immerger dans l’oeuvre de l’artiste.

On y voit sa maison natale, beaucoup de peintures, dont une de ses premières oeuvres, à 11 ans. Quelques sculptures, notamment ce vélo carré.

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Fernando dans l’atelier de l’artiste
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Venise

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J’avoue que j’affectionne particulièrement la collection de sacs à vomi d’avion décorés par l’artiste, exposée sur le mur du très chic café de l’Institut.

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Bonjour Joinville !

L’Alliance Française de Joinville (http://afjoinville.com.br/web/) fait un travail remarquable, pour promouvoir et diffuser la langue et la culture française.

Des cours de Français, bien sûr, mais aussi des cours de gastronomie, du théâtre, des expositions, du doublage de films …

Et puis la radio, avec l’émission « Bonjour Joinville » que vous n’oublierez pas d’écouter ce samedi ou dimanche à 9h au Brésil / 14h en France. Sur https://www.udesc.br/radio (puis lien Ouça online, et choisir la ligne « Joinville »)

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Entre la tour Eiffel et la tour de Pise.

Tout cela animé par une équipe de passionnés,Vilas, Rosemeri et Fernando, très sympathiques. Ils se débrouillent sans recevoir de budget de la France. Leur grande culture et ouverture d’esprit font qu’ils travaillent pour la France aussi bien que pour l’Italie, via la Sociedade Dante Aligheri (http://www.ladantejoinville.com.br/)

A noter, le restaurant au rez de chaussée. Outre le fait de bien cuisiner, le chef et sa femme parlent très bien Français, pour avoir travaillé de nombreuses années au Luxembourg. (Coucou aux Luxembourgeois fidèles à ce blog !)

Merci pour la belle place faite à l’histoire d’Essomericq.

Souhaitons longue vie à la triple alliance franco-italiano-brésilienne !